Entretien avec Elsa Guillier : “Aucun parent n’est parfait !”

En partenariat avec le Relais Petite Enfance du Sud Est Manceau, nous proposons le lundi 28 février une conférence intitulée “Quand la parentalité nous épuise”. Ce temps d’échange, animé par Elsa Guillier, psychologue et coach certifiée, sera l’occasion de mieux comprendre ce mal-être qui touche de plus en plus de parents. Entretien avec cette spécialiste, qui considère qu’aucun parent n’est parfait.

Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Je suis psychologue et coach installée en Belgique. Depuis une quinzaine d’années, je suis spécialisée dans la question du burn-out professionnel. Je m’intéresse plus particulièrement à l’épuisement parental depuis 2016, en collaboration avec une équipe de l’université de Louvain. Cette antenne, précurseur sur le sujet, se compose d’un service clinique et d’un service de recherche internationale. Pour ma part, j’assure des prises en charge en individuel et j’anime également des groupes parentaux.

Comment définiriez-vous l’épuisement parental ?

Quatre symptômes décrivent l’épuisement parental :

  • La fatigue. Le parent est épuisé physiquement et mentalement.
  • La distanciation émotionnelle. Le papa ou la maman prend toujours en charge les besoins de l’enfant (le nourrir, l’amener à l’école, le laver, etc.) mais ne ressent plus d’émotions positives avec son enfant.
  • La saturation. On remarque nécessairement une perte de plaisir liée à la fonction parentale.
  • La notion de contraste. Le parent heureux et aimant des débuts n’est plus présent, il ne se reconnaît plus. Il a fait place à un parent fatigué, irritable, impatient, qui ne correspond plus du tout à la personne qu’il était auparavant.

Quels sont les leviers pour se détacher de ce mal-être ?

La première chose, c’est de réussir à en parler. À un ami, à son conjoint… Souvent, on remarque chez les parents épuisés un sentiment de honte et de culpabilisation. Ils n’osent pas exprimer leurs ressentis profonds, très difficiles à assumer. Les conséquences peuvent être dramatiques pour les enfants (violences verbales, voire physiques), sur le couple et sur la personne. Une aide extérieure est primordiale, que ce soit un proche ou un professionnel, médecin ou psychologue. L’idée, c’est de retrouver le bon équilibre entre les ressources et les facteurs de stress. Pour ma part, je propose au parent de travailler ensemble pour diminuer les causes de stress et donner plus de poids aux ressources, ou en chercher de nouvelles.

Avez-vous l’impression que cette souffrance est de plus en plus présente ?

Le burn-out parental a certainement toujours existé, sous des formes différentes cependant. Les pressions de la société actuelle nous amènent à vivre une parentalité bien différente de celle qu’ont connu nos grands-parents ! La conférence sera l’occasion de parler de ces facteurs extérieurs qui nous poussent à vouloir devenir des parents parfaits.

Justement, comment va se dérouler la conférence ?

La soirée va se dérouler en 2 parties. Dans la première partie, qui dure un peu plus d’1h, j’apporterai différents contenus pour mieux comprendre ce qu’est l’épuisement parental et pourquoi il est présent aujourd’hui. L’idée, c’est d’éveiller les consciences, de faire comprendre qu’on fait tous de notre mieux et qu’il n’existe pas de parentalité parfaite. Imprégnés des “bonnes pratiques”, du regard des autres, certains parents se mettent une très grande pression. Je fais en sorte, dans ma prise de parole, de dédramatiser les situations et de montrer à ceux qui se sentent concernés qu’ils peuvent en sortir. J’évoquerai également les symptômes, les conséquences et les outils disponibles, en individuel et en groupe. En deuxième partie de soirée, je répondrai aux questions de la salle durant environ 45 minutes. Je suis à l’écoute de toutes les interrogations de parents et de professionnels.

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