Portrait de bénévole : Marie-Françoise, femme libre et engagée

Marie-Françoise Allain est membre du bureau du Centre Rabelais depuis 1996. Une femme humble et très réservée, dont le parcours de vie est passionnant. Elle a accepté de nous ouvrir ses portes, au cœur de la campagne changéenne, pour évoquer ses souvenirs de femme engagée.

Une enfance déjà marquée par l’engagement

Ainée d’une famille de 5 enfants, Marie-Françoise a baigné dès le plus jeune âge dans des valeurs d’humanisme et de respect. “En 1944, je logeais parfois chez ma grand-mère. Elle s’occupait des gens qui n’avaient rien à manger, c’était naturel pour elle. J’avais 8 ans, et ça faisait déjà partie de ma vie”. À 16 ans, elle s’engage un été avec une congrégation de sœurs pour accompagner des enfants du Vieux-Mans en vacances.

Lorsque vient le moment de quitter le nid, elle cherche à se former dans un métier proche de la nature et des autres. Elle s’oriente vers un monitorat d’enseignement ménager agricole qu’elle va suivre entre 1954 et 1956 à l’école ménagère de Brette-les-Pins. “J’y ai rencontré des femmes extraordinaires. Des femmes discrètes, mais qui croyaient en l’espèce humaine.”

Un parcours professionnel passionnant

À l’issue de ses études, elle travaille 7 ans pour le compte de la MSA. Elle donne des cours aux jeunes filles en milieu agricole. “Je trimballais sur ma mobylette mes casseroles et ustensiles. Je sillonnais les routes de campagne pour enseigner à ces femmes des techniques ménagères et agricoles. Nous n’étions pas en train de les former à devenir des femmes d’intérieur; c’était un enseignement ouvert pour les faire gagner en autonomie”.

Elle rejoint ensuite la CAF où elle passera le restant de sa carrière. Là aussi, elle rencontre des femmes inspirantes et qui la font progresser. “Nous étions dans le concret : nous mettions en place des actions auprès des enfants, des ados ou des vieux… Le verbe, c’est bien. L’action, c’est plus difficile, mais c’est mieux ! Il faut savoir donner de soi, du temps, de la force intellectuelle et physique.”  Un métier qui répond entièrement à ses convictions.

La rencontre avec le Centre Rabelais

Marie-Françoise a rencontré le Centre Rabelais avant même qu’il soit construit. Responsable du service des centres sociaux à la CAF, mariée à un adjoint de Changé, c’est tout naturellement qu’elle est associée au dossier de création d’une garderie et d’une salle polyvalente à Changé. On est en 1986. “J’ai participé aux réunions de construction avec les architectes. J’ai suivi la nomination du directeur, Luc Breteau. Ma connaissance locale a été bénéfique, même si je n’ai jamais fait de mélange des genres !”.

Alors qu’elle prend sa retraite en 1996, on lui propose une place au Conseil d’Administration de l’association. “J’ai un peu hésité. Je ne voulais pas d’ambiguïté. Mais j’ai vite compris que je pourrai apporter mes connaissances, notamment dans la conception du projet social. Je me suis seulement fixé comme règle de ne pas prendre de poste à responsabilité”. Depuis, tous les 4 ans, elle est élue au CA et comme membre du bureau. 

Un attachement aux valeurs humanistes

À la CAF comme au Centre Rabelais, Marie-Françoise a toujours souhaité défendre le respect et la tolérance. “Tout seul, on ne peut rien faire. On n’est pas sur la terre pour vivre seul !”. Dans son engagement bénévole, elle continue de défendre le vivre ensemble, avec un attachement particulier pour la petite enfance. ”Je souhaitais apporter mes connaissances et continuer à exprimer mes idées de façon collective. Rencontrer des gens, débattre, construire des projets… Le Centre Rabelais, comme lieu d’expression et d’entraide, m’a apporté tout ça”. 

Une femme engagée et libre

Marie-Françoise se définit avant tout comme une femme libre. Entourée de femmes emblématiques depuis le plus jeune âge, elle a bénéficié de modèles qui ont forgé son engagement et son indépendance. “À tous les âges de ma vie, j’ai croisé des gens incroyables et surtout des femmes. J’ai été élevée un temps par ma grand-mère maternelle avec ma tante. De sacrées bonnes femmes ! J’ai également été marquée par la mère de mon conjoint. Une institutrice formée à l’école normale vers 1930. Une personnalité forte, qui défendait les femmes, la tolérance et le respect. J’ai élevé mes enfants dans ces idées.”

Pour autant, elle ne ressent pas, tout au long de sa vie, le poids de la société sur les femmes. Les femmes qui l’entourent vivent dans la joie, elles ne sont pas dans le discours, mais dans la vie. “Aujourd’hui, je me demande si les femmes sont vraiment plus libres qu’avant. Elles sont dépendantes de la mode, de la consommation, des loisirs… ” Quant au féminisme, elle trouve le terme connoté et galvaudé. Je défends les causes saines des femmes, mais aussi celles des hommes !”.