François Rabelais… et les femmes

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Journée du Droit des Femmes, événement Féminin Plurielles… En ce moment, les femmes sont à l’honneur. Et si nous en profitions pour évoquer les femmes dans l’œuvre et la vie de François Rabelais ?

Rabelais : auteur, mais pas que

Si François Rabelais est plus connu en tant qu’écrivain et médecin, on sait moins qu’il fut également astrologue, diplomate, et surtout curé ! Le fameux « curé de Meudon » fut également curé de Saint Christophe du Jambet (près de Fresnay-sur-Sarthe). Difficile à croire quand on connaît sa réputation de bon vivant, buveur, gourmand, n’hésitant pas à écrire des pages entières plutôt osées pour l’époque. On voit parfois ses personnages s’amuser à faire « la bête à deux dos » ou d’autres épisodes où la recherche de tous les plaisirs donne lieu à de véritables orgies décrites avec moult détails et toujours avec humour ! D’où le terme Rabelaisien, aujourd’hui passé dans le langage courant…

À cette époque, La Renaissance, la querelle des femmes secoue le monde littéraire et plusieurs auteurs s’interrogent sur le mariage et surtout l’égalité entre homme et femme. Dans la société, où la religion était omniprésente, la femme était considérée comme inférieure à l’homme et devait être subordonnée et soumise à son mari.  Plusieurs auteurs prônaient l’inverse. Rabelais lui-même prendra parti en apportant une vision égalitaire de la femme.

Une abbaye qui prône l’égalité

Ainsi, à la fin de son Pantagruel (1533), il imagine l’Abbaye de Thélème, dont la devise est « Fay ce que vouldra » et où toutes les règles qui régissent les ordres religieux sont inversées. Elle est mixte, chacun peut s’habiller comme bon lui semble, l’oisiveté est recherchée et hommes et femmes  passent leur temps à jouer de la musique, se séduire, s’allonger dans l’herbe, sans aucune autre recherche que celle des plaisirs (et les vœux de chasteté sont évidemment inconnus) ! Dans cette abbaye, hommes et femmes sont à égalité, chacun respectant l’autre, chacun étant l’égal de l’autre, et il prône même la supériorité des femmes puisque « Tout était fait selon la volonté des dames ». Alors Rabelais, premier féministe ?

Dans l’abbaye de Thélème, une égalité parfaite règne entre hommes et femmes,
qui contraste avec les discours du Tiers Livre.

Pas si féministe…

Pas si vite ! Dans son Tiers-Livre (1546), on suit son personnage Panurge qui hésite à se marier par peur d’être cocu (pour Rabelais, c’est l’apanage du mariage !). Pour cela il consulte un juriste, un médecin, un théologien, une sourcière, un muet,  fou… Et chacun vient donner son avis…. C’est alors un long enchainement de toutes les images et clichés misogynes ! Car  Rabelais est également héritier des fabliaux du Moyen-âge, où l’image de la femme est loin d’être flatteuse : elles y sont décrites comme lascives ou manipulatrices, bien loi des Dames célébrées dans l’amour courtois médiéval. Ces blagues se retrouvaient déjà dans son Pantagruel « il n’y a qu’une antistrophe entre femme folle à la messe, femme molle à la fesse ! ».

Une vie tumultueuse

Dans sa vie personnelle, bien qu’étant curé, Rabelais eut 3 enfants. Les archives ont gardé les traces de Junie et François, nés à paris en 1530 et qu’il réussit à faire légaliser par le Pape. Sans oublier un petit Théodule, né en 1537 à Lyon, mais mort avant l’âge de 3 ans. Rabelais en restera inconsolable.

Il était également très proche de plusieurs femmes écrivaines, Louise Labé et Marguerite de Navarre, la propre sœur du roi François 1er, elle-même cheffe de file du mouvement humaniste, avec qui il partageait cette soif de savoir, cette ouverture au monde, défendant même pour les femmes le droit à l’éducation et à l’accession au savoir.

François Rabelais, écrivain populaire et rieur, prônait et défendait également une image de la femme bien loin de toutes les représentations misogynes de l’époque, comme le démontre en conclusion une de ces célèbres citations  « Ainsi sont toutes femmes : femmes. ».